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Au sujet du respect “dû” aux religions dans l’espace public
La loi sur la diffamation entrée en vigueur ce 1er janvier en Irlande, en son article 36, crée un délit de blasphème, puni d’une amende maximum de 25 000 euros. La loi s’applique à toutes les religions, pas seulement au catholicisme dominant en Irlande. Elle définit ainsi le blasphème :
« Des propos grossièrement abusifs ou insultants sur des éléments considérés comme sacrés par une religion, et choquant ainsi un nombre substantiel de fidèles de cette religion. »
(source Rue89)
Cette annonce survenant en même temps que l’agression dont a été victime le caricaturiste danois qui représenta Mahomet en poseur de bombes, voici une incitation à reprendre la réflexion au sujet de l’attitude à adopter vis-à-vis des religions. Pour ma part, agnostique tendance croyant ;) , j’incline à penser que nous sommes en droit d’attendre de la sphère publique à l’égard des religions un respect analogue à celui auquel celles-ci sont tenues à l’encontre de l’espace public.
J’entends bien sûr la réplique courroucée des chantres de la liberté d’expression qui ne manqueront pas de monter aux créneaux avec de fort bonnes raisons pour défendre leur droit de pouvoir exprimer tout ce qui ne tombe pas sous le coup de la diffamation ou de l’injure. Je suis tenté de leur donner raison. Ce qui me retient cependant c’est qu’avec des mots on peut infliger de profondes blessures, voire tuer ! La frontière est parfois ténue entre ce qui relève de l’humour et ce qui ressort de l’offense bête et … gratuite.
Alors la solution qui consiste à resserrer le cadre légal destiné à limiter cette liberté d’expression est séduisante. Mais là aussi je tique, et pas qu’un peu : en effet, le prix à payer pour ce gain de tranquillité est une grande perte en matière de liberté individuelle. Et l’enjeu en vaut-il la chandelle ? La société entière ne perd-elle pas un peu voire beaucoup de son âme à soulager le sort de certains en bridant, brimant la liberté de tous ? Est-on sûrs à ce point que le préjudice subi par les individus ainsi meurtris nécessite semblable riposte qui mutile la société en l’infantilisant au final ? car qu’est-ce qu’un progrès obtenu de la sorte si ce n’est un progrès en trompe-l’œil !
Ce progrès n’est pas le fruit d’un évolution positive accomplie en conscience par les individus. Mais le résultat d’une injonction légale qui réduit le champ de la liberté et donc de la responsabilité individuelle. Et diminue d’autant la valeur de la conquête prétendument permise par le recours à la loi. Ce qui est pris en charge par la société est soustrait à la responsabilité des individus.
Toutefois, rien ne dit, au contraire, que l’individu peut assumer l’intégralité des décisions à prendre. La complexité sociale augmentant continuellement et rapidement, il n’est pas a priori ridicule de s’interroger sur la capacité du corps social à s’adapter en permanence par la grâce d’autant d’ajustements individuels spontanés qu’il ne compte d’âmes en son sein ! Il est probable, voire certain si on s’en tient aux mouvements du droit, que les êtres humains ont parfois besoin d’un appui législatif pour régler leur conduite … Sans que cela soit infamant. Le perfectionnement de l’humanité est un long chemin parsemé d’embûches que le marcheur parcourt d’un pas irrégulier, lesté qu’il est par son auguste imperfection !
Ces besoins de recourir au législateur varient d’un endroit à l’autre et d’une époque à l’autre. Sans jamais avoir la certitude réconfortante que toute décision en la matière est indispensable. Elles sont souvent le fruit d’un rapport de force politique où la décision découle de la confrontation des arguments et des atouts institutionnels que les camps opposés sont en état d’actionner. Et rien en la matière n’est jamais définitif. Ça va ça vient. Pour le meilleur ou pour le pire… Parfois un consensus se dégage. Ce qui rend la décision plus acceptable. Mais la majorité n’est pas toujours bien inspirée. Ainsi va le cours des choses en nos sociétés toujours à amender…